Marianne2 2012

A-t-on le droit de ne pas s’extasier devant la primaire socialiste ?

Samedi 8 Octobre 2011 à 12:01 | Lu 5002 fois I 26 commentaire(s)

Jack Dion
Directeur adjoint de la rédaction de Marianne et grand amateur de théâtre En savoir plus sur cet auteur

Il n'y a aucun rapport entre la primaire du PS et l'élection présidentielle de 2012 juge Jack Dion pour qui ce processus de désignation ne mérite ni excès d’honneur ni indignité.


Dans leur dernière livraison, Les Inrockuptibles présentent en couverture un tout petit Sarkozy qui va se faire écraser par la semelle géante d’une chaussure d’ogre, avec ce titre : « Primaire PS, vous ne voulez plus de Sarkozy, votez ». Cette mise en scène introduit un double message subliminal : 1) Il suffit d’aller choisir le (ou la) futur(e) canditat(e) socialiste pour qu’il soit automatiquement élu. 2) Quiconque ne fait pas le déplacement du 8 et du 16 octobre est un allié objectif de Sarkozy.

C’est une double escroquerie. Pourquoi faudrait-il absolument participer à la primaire du PS pour que Sarko soit renvoyé dans ses foyers ? Il  n’y a aucun rapport entre les deux échéances. Les socialistes ont choisi cette formule pour désigner leur candidat. C’est leur choix et il est respectable. Il a suscité dans l’opinion un intérêt qui atteste d’une volonté intacte de voir bousculer l’ordre des choses, et c’est très encourageant pour l’avenir. Mais cela n’en fait pas une formule magique à laquelle chacun doit se plier sous peine d’être renvoyé dans les limbes du désintérêt citoyen.

Olivier Ferrand, président de « Terra Nova », le « think tank » qui est à l’origine de la primaire, écrit dans Le Monde : « Pour 2012, les citoyens de gauche vont choisir non pas seulement leur président, mais aussi leur représentant à l’élection présidentielle ». Non. Les « citoyens de gauche » qui vont se déplacer les deux prochains week end vont choisir le représentant socialiste à l’élection présidentielle, ni plus ni moins.

D’autres citoyens de gauche ont déjà choisi leurs propres représentants, comme les Verts avec Eva Joly ou les membres du Front de gauche avec Jean-Luc Mélenchon, selon des modalités certes différents mais tout aussi respectables. Ou alors il faut expliquer que les partis politiques ne servent à rien, ce qui rappelle des précédents fâcheux. En fait, la vraie primaire aura lieu lors du premier tour de la présidentielle, en toute démocratie, et rien ne permet à un parti de préempter la volonté populaire au nom d’une consultation socialo-socialiste, aussi élargie soit-elle.

A cette occasion, aussi surprenant que cela puisse paraître, les sympathisants PS vont choisir un homme ou une femme sans engagement sur un quelconque projet. En effet, tous les candidats socialistes ont adopté le même programme qu’ils s’amusent aujourd'hui à détricoter en expliquant qu’ils se retrouveront demain tous unis. Mais unis sur quoi ?

Dans L’Express, Jacques Attali se prononce en faveur de François Hollande au nom de « sa capacité à rassembler ». Il écrit : « Reste à connaître, le moment venu, son programme ». En somme, Hollande peut « rassembler » sans que l’on sache sur quoi et pour quoi. S’agit-il de politique ou de magie ?

Voilà qui montre bien les contradictions induites par le recours à la primaire. D’un côté, cette initiative ouvre les vannes du débat public, et nul ne s’en plaindra. D’un autre, elle ossifie la vie publique dans la présidentalisation et la personnalisation. Elle accentue la tendance à l’instauration d’un bipartisme à la française écrasant toutes les sensibilités qui ne se retrouvent pas dans les deux partis dominants.

Or on ne dira jamais assez que l’élection au suffrage universel du président de la République est une anomalie démocratique qui conduit quasi-automatiquement à l’hyperprésidence et à la limitation de tous les contre-pouvoirs. De ce point de vue, la gauche s’honorerait à mener le combat pour une République libérée d’un système qui fait de la France une exception regrettable dans le monde contemporain. Il s’agirait d’un progrès bien plus important que le recours à une primaire qui, stricto sensu,  ne mérite ni excès d’honneur ni indignité.     








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr