Marianne2 2012

A qui parlent les politiques ? Aux journalistes bien sûr!

Jeudi 6 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 4677 fois I 18 commentaire(s)

Aliocha - Blogueuse associée

Aliocha se penche sur la petite phrase de Manuel Valls à propos des 35 heures, une citation reprise par tous les journaux, par tous les médias. Cela tombe bien : cette sortie médiatisée n'était destinée qu'aux journalistes. Qui ne parlent plus que de ça. Au plus grand plaisir de son auteur, candidat à la candidature socialiste.


Et voilà.

On sable le champagne, on enterre l’année précédente, on prend des résolutions pour celle à venir….et tout recommence.

Surtout le pire.

Il y a eu la mauvaise blague d’Hortefeux, la petite phrase du pape sur le préservatif (épisode 1), les déclarations ambigües de Frédéric Mitterrand sur sa vie passée, la petite phrase du pape sur le préservatif (épisode 2), la saillie raciste de Jean-Paul Guerlain… Il y a, en ce tout début d’année, la Petite phrase de Manuel Valls. Sur les 35 heures.

Pour les distraits, les autistes, les allergiques-aux-médias-mais-pas-aux-blogs-qui-disent-la-vérité, les débordés de la rentrée, les comateux digestifs, la séance de rattrapage est ici et partout ailleurs. Manuel Valls veut « déverrouiller les 35 heures » ! C’est énorme. Plus grave que si le pape doutait de l’existence du Christ. Un scoop prêt à cuire en 5 minutes au micro-onde. Le Bolino de la presse. L’information instantanée. Le buzz assuré.

Les médias savent bien que la phrase n’a été pondue que pour eux, qu’elle ne vaut que pour eux, qu’elle ne fait frémir qu’eux. Qu’importe. Ils foncent dans le chiffon rouge. Ils font réagir, ils discutent, ils glosent. La crise financière ? Oubliée. La situation en Côte d’Ivoire ? Enterrée. Même la rigueur de l’hiver cède le pas devant la petite phrase. Et pourtant il en faut pour que les médias cessent de s’émouvoir du fait qu’il neige en France à Noël. Il est si beau, l’os à ronger ! Enfin le faux, celui vendu en grande surface, de la peau de bœuf séchée et roulée. Made in China. Un leurre absolu. Qui ne trompe plus les chiens, ni même les journalistes. Mais les médias encore. Cette grande machine à transformer le Rien pour produire à la chaine et en quantité industrielle du « prêt-à-penser ». Tout ceci a la couleur de la politique, le goût de la politique, mais ce n’est pas de la politique. Une somme de produits de synthèse et de colorants artificiels. C’est tellement bourré de conservateurs que ça nous tiendra jusqu’à la prochaine petite phrase.

Surtout, c’est pas cher à produire et ça rapporte gros.

A tout le monde. Et d’abord à l’auteur qui est payé en visibilité. Grassement. Ensuite au distributeur qui se rémunère en nombres de journaux achetés, et/ou de visites sur le web, d’auditeurs et de téléspectateurs. Aux commentateurs professionnels qui trouvent une occasion de justifier leur existence autant que leur salaire. Machine à oseille, parfaitement bien huilée. Machine à abrutir en donnant l’illusion de penser. Machine à alimenter les discussions de café. Et les fausses querelles de partis.

A qui parlent les politiques ? Aux journalistes bien sûr!
L’électeur-consommateur est mobilisé. Les professionnels s’emploient, pour son salut, à discuter, débattre, analyser, disséquer. Il y les opposants et les partisans. Le parler vrai versus le parler faux, qu’il faut immédiatement nuancer : vrai parler faux contre faux parler vrai. On s’y perd, on crie ô secours, on ne sait plus. Qui dit vrai, qui dit faux ? Il faut trancher. Question de vie ou de mort démocratique. Être d’un côté ou de l’autre. Et discuter, gloser, analyser, disséquer, encore et encore. Débattre, polémiquer.

Jusqu’à l’épuisement.

Bonne Année médiatique !








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