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A la manif' dans l’Oise: des salariés ultra-mobilisés, entre ras-le-bol et effet Continental

Jeudi 19 Mars 2009 à 19:41 | Lu 8876 fois I 58 commentaire(s)

Sylvain Lapoix

Dans les rues de Beauvais comme à Compiègne, les manifestations du 19 mars ont dépassé les espérances des syndicalistes de l’Oise. Derrière cette mobilisation sans précédent, l’envie d’être considéré par les politiques, l’inquiétude face aux licenciements et un sérieux malaise social.


(photo SL)
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15000 manifestants ? 20000 ? « En tout cas, plus que le 29 janvier », assure José Bailadeira, secrétaire général de l’Union locale CGT de Beauvais. Derrière la banderole de tête, CGT, CFDT, FO, CFTC, Unsa et consors ont déroulé des centaines de mètres de cortège de la place du Jeu de Paume, dans le centre, jusqu'à la préfecture, au delà de la cathédrale. « Les problématiques de pouvoir d’achat sont devenues minoritaires, résume un délégué FO hôpitaux. Aujourd’hui, ce sont les emplois qui mobilisent les gens. »

Le matin même, à Compiègne, dans Nord Est du département, la police avait compté 15000 manifestants. 50% de plus que le 29 janvier. Tous unis derrière l’usine Continental, étendard du mouvement dans l’Oise, auquel s’étaient notamment ralliés les salariés de Saint-Gobain et de la sucrerie de Chevrière, une des dernières du département.

(photo SL)
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Le privé excédé par les fermetures, le public préoccupé par le malaise social
A Beauvais aussi, Continental est partout : à côté des autocollants « Sarkozy prince des voleurs », chacun ajoute ses couleurs syndicales et un long rectangle orange vif frappé du logo du fabricant de pneus sinistré.

« Continental, c’est notre Sandouville », lance un militant CGT. Depuis le 1er janvier, 5000 suppressions d’emplois ont été annoncées dans le département, une situation qui brise les règles habituelles : aujourd'hui, c'est le privé est largement majoritaire dans les rangs des manifestants, et les générations sont mélangées. « Il y a beaucoup de jeunes, se félicite un quinquagénaire de la Cfdt, doublé par des lycéennes portant une banderole barbouillée de slogans anti-Sarkozy. Le risque de suppressions de postes massives pose la question de la formation et ce ne sont pas les gars de 45 ans qui vont en demander ! »

Selon un transporteur routier encarté Cftc, la continuité a joué en faveur de la manifestation : « depuis le 29 janvier, nous n’avons pas baissé la garde », plastronne-t-il. Mais à quel prix ? Derrière les grappes de salariés de Spontex ou de Bosch, la fonction hospitalière vient partager ses inquiétudes. « Depuis quelques semaines, on voit la différence : les dépressions sont beaucoup plus nombreuses », constate une aide-soignante en banderole FO. « Le pire, ce sont les stades qui mènent à la dépression : exclusion, misère sociale… renchérit une infirmière. Le département va mal. » A la CGT, on parle des collègues qui « vont à Clermont », l’hôpital du Beauvaisie, spécialisé en psychiatrie.



(photo SL)
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NPA et Front de gauche chassent pour les européennes
A l’injustice des licenciements s’ajoute la lassitude face au mépris des médias et des politiques : « entre 200 et 1000 suppressions d’emplois, vous n’existez pas ! », s’insurge un délégué CGT de l’usine Bosch. Dans la manifestation, les écharpes tricolores sont rares. Le 1er adjoint au maire de Mouy, 5300 habitants, est venu rappeler le souvenir de l’usine ZF, fabricant d’amortisseurs pour Renault : « la fermeture a été annoncée le 26 février : 219 personnes sur le carreau ! tonne le socialiste. Personne n’en a parlé dans les médias : il en ferme tous les jours des usines de cette taille dans le département, mais ce n’est pas assez gros. »

Au delà des seuls médias, les élus non plus n’ont pas la cote : du président du Conseil général à la maire UMP de Beauvais, leur absence dans les usines qui dégraissent laisse un goût amer aux ouvriers. Au fond du cortège, le PS, majoritaire dans la plupart des collectivités locales, agite discrètement ses drapeaux.

Du pain béni pour le Nouveau parti anticapitaliste et le jeune Parti de gauche, qui lancent dans les rangs des distributeurs de tracts d’une efficacité redoutable. « Nous étions à Compiègne ce matin, à Senlis et nous avions des militants à Creil », énumère une responsable du NPA. Les effectifs dans l’Oise restent cependant très modestes : une trentaine d’encartés derrière Mélenchon et un peu moins de 80 pour soutenir Besancenot. « Nous préparons les européennes, explique le secrétaire département du Parti communiste avant de réciter le slogan inscrit en lettres rouges sur son tract : unis dans la rue, unis dans les urnes. »

Mais chez les syndicalistes, l’échelle de temps est chaque jour un peu plus courte : l’annonce de la suppression de 1000 postes à l’usine Goodyear d’Amiens a redonné un coup de fouet à la CGT qui espère remettre le couvert avant le 1er mai et maintenir la pression. Pas sûr qu’ils attendent le vote du 7 juin pour agir par eux-mêmes.








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