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A la manif' : France, ton industrie automobile fout le camp!

Jeudi 19 Mars 2009 à 18:10 | Lu 7835 fois I 47 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Le secteur automobile, c'est l'enfant chéri du plan de relance de Nicolas Sarkozy. Mais étrangement, pour ceux qui y travaillent, la relance tarde à se faire sentir. Ils étaient nombreux à manifester le 19 mars. Voici quelques témoignages, glanés dans le défilé parisien.


(photos G.A.)
(photos G.A.)




A la manif' : France, ton industrie automobile fout le camp!

François, 51 ans, (Peugeot – Citroën / site d’Aulnay-sous-Bois) :  

Le site d’Aulnay, François le connaît parfaitement : quinze ans qu’il y travaille. Aujourd’hui, on y produit les nouveaux véhicules du groupe comme les C2 et les C3. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, il dénonce le trop plein de travail auquel il doit faire face avec ses collègues : « Il y a trop de boulot. La direction de PSA a pris la décision de faire chômer les 4/5e des sites du groupe. Du coup, à Aulnay, au mois d’avril et de mai, on va bosser deux samedi de plus par mois. Il nous font même bosser le samedi de l’Ascension. » Le problème, c’est qu’il ne reste aujourd’hui plus qu’une chaîne de montage : « Avant, il y en avait deux. Et aujourd’hui on fait presque autant de voitures. Mais avec une équipe en moins ! ». Et d’expliquer à quel point le rythme est devenu « intenable » : « Il y a de plus en plus de maladies professionnelles, chez les jeunes surtout. Certains souffrent de troubles musculo-squelettiques. » Mais croit-il que cette journée de manifestation va changer les choses ? « Ce n’est pas une fin en soi. S’il n’y a rien derrière, ça n’aura servi à rien. Ce qu’il faudrait, c’est faire comme en Guadeloupe : la grève générale. Parce que la dernière fois que les ouvriers ont obtenu de vraies avancées, c’était après les grèves de 1936 et de 1968. Si on arrivait à la grève générale, il faudrait négocier une augmentation des salaires, un blocage des prix, et — sinon ça ne servirait à rien — un contrôle des comptes des entreprises. »  


A la manif' : France, ton industrie automobile fout le camp!

Sophie, 44 ans, (Renault / Technocentre de Guyancourt) :  

Sophie n’est pas à la production. Elle est déléguée du personnel au CE de Guyancourt. Mais même dans les bureaux, elle trouve que l’ambiance est devenue particulière : « Ça flotte un peu en ce moment. Il faut dire que la direction est actuellement en négociation avec les syndicats pour mettre en place des périodes de chômage technique. Et c’est quand même la première fois qu’on évoque le chômage technique dans le tertiaire… » En plus de cette menace qui plane sur les employés, la direction, d’après Sophie, encouragerait les départs : « Mais ce sont des négociations qui se font de manière individuelle, pas collective. Les gens reçoivent des mails dans lesquels on leur explique qu’il y a des possibilités de départ. » Mais s’il n’y avait que ça : Sophie évoque aussi « l’accélération des regroupements de sites » (avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la vie des employés « déplacés ») et le problème majeur qu’est « la saturation du marché de l’automobile ». Résultat des courses : cette mère de famille se dit« inquiète ». Et plus encore pour sa fille de 21 ans : « Elle, elle n’est pas près de rentrer sur le marché du travail… »


A la manif' : France, ton industrie automobile fout le camp!
Alain, 58 ans, (Peugeot – Citroën / site d’Asnières-sur-Seine) :
« Aujourd’hui à Asnières, on n'est plus que 50. Au milieu des années 1970, on a été jusqu’à 2400. On est victime de la délocalisation et en particulier vers l’Espagne. » Du haut de ses 58 ans, Alain est un historique du site. Trente-six ans qu’il y travaille. Trente-six ans qu’il voit les conditions se dégrader. Et en cette trente-sixième année, il va connaître la mort du site d’Asnières : « La direction a annoncé la fin de la production pour juillet prochain ». Pourtant, à en croire Alain, il y a un vrai savoir-faire à Asnières :« C’est ici que sont passées toutes les suspensions hydro-pneumatiques des Citroën. Les DS, c’était à Asnières, les XM aussi. On est un des seuls sites au monde à avoir cette précision en grande série. Il sont en train de nous liquider. C’est un gâchis. Pire : du sabotage ! » De quoi l’énerver. Mais ce qui le révolte plus encore, c’est le pseudo plan de relance du gouvernement : « Le plan de relance ? Il est où le plan de relance ? On ferme notre usine ! Il n’y a pas de plan de relance ! Ce qu’il y a, ce sont des investissements à l’étranger ! Ils sont en train de nous liquider ! », lâche-t-il malgré tout avec le sourire…









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