A l’approche des municipales, Danielle Mitterrand s’attaque aux histoires d’eau
Mercredi 6 Février 2008 à 00:07 | Lu 13391 fois I 0 commentaire(s)
Anna Borrel
L’ex-première dame défend la cause du maire de Neufchâteau, petite commune à qui Véolia réclame 1,7 millions d’euros pour rupture de contrat.
« Il n’y a qu’une seule question : de quel droit une régie peut léser toute une population en la condamnant à verser quelque somme que ce soit pour un manque à gagner ? » Danielle Mitterrand est en colère. Le conflit qui oppose Véolia à une petite commune de Lorraine fait sortir l’ex-première dame de ses gonds. Il faut dire que l’histoire a quelque chose de David et Goliath. D’un côté, Neufchâteau, ses 8000 habitants, sa vue imprenable sur la plaine des Vosges et son musée de la poupée. De l’autre, Véolia eau, branche de Véolia environnement (ex-Vivendi), forte de ses 9 milliards de chiffre d’affaires annuel. Depuis plusieurs mois, Véolia réclame plusieurs millions aux Néocastriens. Motif : le maire a eu l’impudence de dénoncer le contrat qui liait sa ville à la multinationale, parce que les comptes lui paraissaient obscurs et le prix de l’eau trop élevé.
Un pacte très opaque
« Lorsque j’ai été élu en 1989, explique Jacques Drapier, l’édile de Neufchâteau, j’ai fait l’erreur de contracter avec Véolia pour l’assainissement de l’eau. Mais très vite, je me suis rendu compte que nous nous faisions avoir. La comptabilité qu’ils nous présentaient était complètement opaque et cela coûtait très cher à la commune. J’ai donc dénoncé le contrat qui nous liait pour trente ans et mis en place une régie autonome. Maintenant, tout est transparent : la régie est bénéficiaire, les consommateurs peuvent siéger au conseil d’administration, et le prix de l’eau a baissé d’un euro par 120 mètres cubes. Autrement dit, chaque foyer a déjà gagné 1100 euros sur sa facture ! »
Seul hic : dénoncer un contrat oblige la commune a verser des indemnités à l’entreprise. En l’occurrence, Véolia réclamait tout d’abord 7,3 millions d’euros. Le maire a porté l’affaire en justice, ce qui a fait baisser la note à 1,7 million. Mais Jacques Drapier refuse toujours de payer. « Nous ferons appel jusqu’au bout. Nous consentons à rembourser tous les investissements et les travaux que Véolia a réalisé dans la région, mais ça ne dépasse pas 880 000 euros ! », tempête le maire.
De l'eau au prix de l'or ?
Du côté de la firme, on veut relativiser. Certes, on reconnaît qu’un contrat de trente ans, c’est un peu long. « La norme aujourd’hui tourne plutôt autour de onze à douze ans », concède Marc Reneaume, directeur général France de Véolia. Mais hors de question de laisser filer les juteuses indemnités. « Nous n’avons rien contre le fait qu’un élu résilie son contrat. En revanche, il est tenu de nous verser une indemnisation. » Question : comment Véolia en arrive-t-elle à des sommes aussi astronomiques que 7,3 millions d’euros ? « Nous avons nos méthodes », poursuit, énigmatique, le responsable, qui assure que si l’eau est moins chère depuis son assainissement par la régie autonome, c’est uniquement parce que Monsieur Drapier est « dans la caricature » et qu’il joue avec des chiffres qui ne peuvent se comparer.
Danielle Mitterrand, elle, poursuit un combat bien plus large. « L’Etat devrait se saisir de ce type d’affaires. Il est fort dommage qu’on le voie si rarement s’opposer aux multinationales. » A l’approche des municipales, alors que plusieurs maires, toutes tendances confondues, ont été confrontés à des situations similaires, il est peut-être temps de s’interroger sur la nature des contrats qui gardent les administrés captifs des marchands d’eau. Dans un dossier publié fin octobre, l’UFC-Que Choisir estime que l’eau était surfacturée dans de nombreuses agglomérations, de l'Ile-de-France jusqu'à Marseille. « Ce n'est même pas une question de « pouvoir d'achat ». Il n’y a pas de raison que les gens payent le prix fort pour se laver ou tirer la chasse d’eau », rappelle tout bêtement Jacques Drapier.
Un pacte très opaque
« Lorsque j’ai été élu en 1989, explique Jacques Drapier, l’édile de Neufchâteau, j’ai fait l’erreur de contracter avec Véolia pour l’assainissement de l’eau. Mais très vite, je me suis rendu compte que nous nous faisions avoir. La comptabilité qu’ils nous présentaient était complètement opaque et cela coûtait très cher à la commune. J’ai donc dénoncé le contrat qui nous liait pour trente ans et mis en place une régie autonome. Maintenant, tout est transparent : la régie est bénéficiaire, les consommateurs peuvent siéger au conseil d’administration, et le prix de l’eau a baissé d’un euro par 120 mètres cubes. Autrement dit, chaque foyer a déjà gagné 1100 euros sur sa facture ! »
Seul hic : dénoncer un contrat oblige la commune a verser des indemnités à l’entreprise. En l’occurrence, Véolia réclamait tout d’abord 7,3 millions d’euros. Le maire a porté l’affaire en justice, ce qui a fait baisser la note à 1,7 million. Mais Jacques Drapier refuse toujours de payer. « Nous ferons appel jusqu’au bout. Nous consentons à rembourser tous les investissements et les travaux que Véolia a réalisé dans la région, mais ça ne dépasse pas 880 000 euros ! », tempête le maire.
De l'eau au prix de l'or ?
Du côté de la firme, on veut relativiser. Certes, on reconnaît qu’un contrat de trente ans, c’est un peu long. « La norme aujourd’hui tourne plutôt autour de onze à douze ans », concède Marc Reneaume, directeur général France de Véolia. Mais hors de question de laisser filer les juteuses indemnités. « Nous n’avons rien contre le fait qu’un élu résilie son contrat. En revanche, il est tenu de nous verser une indemnisation. » Question : comment Véolia en arrive-t-elle à des sommes aussi astronomiques que 7,3 millions d’euros ? « Nous avons nos méthodes », poursuit, énigmatique, le responsable, qui assure que si l’eau est moins chère depuis son assainissement par la régie autonome, c’est uniquement parce que Monsieur Drapier est « dans la caricature » et qu’il joue avec des chiffres qui ne peuvent se comparer.
Danielle Mitterrand, elle, poursuit un combat bien plus large. « L’Etat devrait se saisir de ce type d’affaires. Il est fort dommage qu’on le voie si rarement s’opposer aux multinationales. » A l’approche des municipales, alors que plusieurs maires, toutes tendances confondues, ont été confrontés à des situations similaires, il est peut-être temps de s’interroger sur la nature des contrats qui gardent les administrés captifs des marchands d’eau. Dans un dossier publié fin octobre, l’UFC-Que Choisir estime que l’eau était surfacturée dans de nombreuses agglomérations, de l'Ile-de-France jusqu'à Marseille. « Ce n'est même pas une question de « pouvoir d'achat ». Il n’y a pas de raison que les gens payent le prix fort pour se laver ou tirer la chasse d’eau », rappelle tout bêtement Jacques Drapier.
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