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A l'approche des Régionales: la grève, pas la trêve

Emmanuel Lévy- Marianne | Vendredi 12 Mars 2010 à 14:01 | Lu 5412 fois

Alors que des manifestations toujours prêtes à déraper se multiplient en Grèce, l'hexagone lui aussi est le théâtre de nombreux défilés et grèves de salariés. Rémunération, conditions de travail, risque de délocalisation…Ça gronde.



Manifestation de mars 2009
Manifestation de mars 2009

Total à Dunkerque, Danone, Thalès, Système U… La multiplication des grèves à quelques jours du premier tour des régionales, sur fond de lutte contre les fermetures de sites de production (chez Total) ou de bataille pour la hausse des salaires (chez Danone) est, en France où la trêve électorale est toujours de mise, une première. Tout comme l’implication grandissante de la centrale des cadres de la CFE/CGC dans ces conflits.

En fait, tout se passe comme si un vent de révolte comparable à celle qu’on observe en Grèce se levait. Avec un message : « nous ne sommes pas responsables de la situation, ce n’est pas à nous de payer. »

La CFE-CGC Danone ne dit pas autre chose. La confédération générale des cadres s’était jointe aux autres centrales pour appeler à la grève, les 9 et 10 mars derniers. Mais à l'inverse des autres syndicats, elle a refusé de signer l'accord en dénonçant l'absence de mesures générales pour les cadres. « Il y a une incompréhension grandissante des cadres vis-à-vis des salaires des dirigeants qui ont bénéficié d'augmentations très conséquentes Â», s’énerve un responsable CFE-CGC.

Les cadres semblent le plus en pointe dans les luttes syndicales.  Ils se sentent distancés par le top management dont ils ont appliqué, comme de bons petits soldats, les recettes mêlant délocalisation et accroissement de la rentabilité. Ainsi chez Thalès. La journée d’action du 18 février qui a contraint la direction de l’entreprise d’ingénierie à reprendre les négociations sur l'augmentation des salaires n’a pas suffi. L’intersyndicale CGT, CFDT, CFE-CGC, FO, CFTC a remis le couvert hier. Et les salariés de dénoncer leur «patrons traders», qui «cherchent la rentabilité à très court terme et ne s'intéressent qu'à leurs bonus faramineux».

Idem chez Système U, ou des grévistes bloquent 4 entrepôts du distributeur dans l’est, exigeant 150 euros par mois. En Dordogne, Les 700 salariés de la Papeterie de Condat sont en grève depuis une semaine réclamant une augmentation de 2,5 %. Dans l'Oise, 80% des 800 salariés de l'usine Yves Saint Laurent beauté (L'Oréal) de Lassigny ont débrayé mercredi 10 mars, bien décidés à avoir leur part des deux milliards d'euros de bénéfices réalisés l'an dernier par le groupe l'Oréal: ils réclament 3,2% d'augmentation pour tous les salaires.


La fonction publique au bord de l'explosion

Mais ces mouvements ne touchent pas seulement le secteur privé. Mardi, les magistrats ont défilé pour dénoncer la « casse Â» du système judiciaire, et notamment la suppression du juge d’instruction. Hier, jeudi 11 mars, certains parents d’élèves ont trouvé porte close dans les crèches, dont le personnel avait répondu massivement à l’appel à la grève contre le projet d'assoupissement des règles d'accueil des enfants.

Idem à l’hôpital: 1500 infirmières ont battu le pavé contre le relèvement de l’âge de départ à la retraite, tandis qu'une centaine de syndicalistes continuent d’occuper le siège de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris pour dénoncer les 4 000 suppressions d’emplois programmées sur 2 ans.

Aujourd’hui, ce sont les enseignants qui prennent le relais. 26 rassemblements sont prévus à travers le pays.


Même chez Emmaüs, les salariés sont désormais en lutte!  Une centaine de salariés de la fondation créée par l’Abbé Pierre ont manifesté pour de meilleures conditions de travail, des revalorisations de salaires et …davantage de reconnaissance de la part de leur direction. Il faut dire que leur statut déroge au caractère général du contrat de travail, grâce à un texte adopté sous la pression de Martin Hirsh, actuel Haut-commissaire aux solidarités et ci devant ancien boss d’Emmaüs.

Certes, la période se prête aux conflits salariaux: c'est en février et mars que se déroulent chaque année les Négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires entre les syndicats et les employeurs des entreprises de plus de 50 salariés où il existe au moins une section syndicale.

Bien sûr, la crise est passée par là. Le sauvetage des banques a profondément marqué les esprits. La révélation du grand mensonge d’une promesse de croissance fondée sur le développement des activités financières avec pour prix à payer le développement des inégalités, notamment salariales, a été ravageuse. Et la plupart des citoyens ont du mal à comprendre qu’après des années d’efforts, se soit encore à eux de payer pour l’explosion de la dette des Etats.
Mais le malaise est plus profond. La rupture plus lointaine, ainsi que Marianne l'expliquait il y a maintenant 5 ans. Et ce n’est donc plus dans les urnes qu'on peut mesurer l'étendue des dégâts, mais dans la rue !





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