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A l'Est, le Medef se saoule au Champagne

Jeudi 4 Novembre 2010 à 05:01 | Lu 8235 fois I 18 commentaire(s)

Pauline Baron - Marianne

Après le Languedoc-Roussillon et le PACA, c’est désormais au tour de la Champagne-Ardenne d’être menacé d’un changement d’appellation. Pour relancer l’économie de cette région du nord-est, le MEDEF local veut raccourcir la région et l'appeler Champagne. C'est tellement plus pétillant!


A l'Est, le Medef se saoule au Champagne
Pour faire pétiller la  Champagne-Ardenne, suffirait-il tout simplement de rayer de la carte le massif  de l’Ardenne ? Selon Pierre Possémé, président du MEDEF champardennais, le terme « Ardenne » serait en effet un véritable boulet pour l’attractivité économique de cette région, au point de militer pour sa suppression. Une proposition loufoque, mais bien réelle, que défend sobrement le secrétaire général de l’organisation locale, Christopher Dumaire : « depuis presque deux ans, les chefs d’entreprise se réunissent pour imaginer l’avenir économique de la Champagne-Ardenne. Le changement de son nom en « Champagne » est l’une des propositions qui se dégage de ces débats. Il s’agit en fait de promouvoir l’image de notre territoire en la liant à un produit internationalement connu ». Cela suffira-t-il à faire des entreprises champenoises, les reines de l’export ?!

Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? A son époque, feu Georges Frêche avait lui aussi envisagé de modifier le nom de son cher Languedoc-Roussillon. Mais face à une facture très salée -15 millions d’euro envisagé-, le président de région, connu pour ses coups de gueule, avait rapidement abandonné l’idée d’offrir un coup de jeune à son fief électoral. Remplacement de milliers de panneaux de signalisation, création d’un nouveau logo ou encore renouvellement de documents administratifs… font rapidement grimper la note de cette lubie orthographique. Le petit caprice de Pierre Possémé risque donc de connaître le même destin funeste : « nous n’en avons pas mesuré les impacts économiques », concède Christopher Dumaire qui reconnaît à demi-mot que ce projet sera rangé au placard en cas de coût prohibitif. En outre, dans une région en proie à d’importantes difficultés économiques, d’autres mesures moins onéreuses pourraient sûrement relancer l’attractivité de ce territoire.

(Capture d'écran du journal l'Union)
(Capture d'écran du journal l'Union)
Mais au-delà du coup financier, c’est un véritable coup infligé au cœur et à l’honneur des Ardennais, qui n’hésitent pas à crier haut et fort leur colère. Via un groupe Facebook dénommé « Contre la suppression du mot Ardenne dans Champagne-Ardenne », plus de 7 000 d’entre eux ont à ce jour pris les armes contre une proposition qui confortera l’éternelle opposition entre des Ardennes ouvrières et une Marne bourgeoise. Un soulèvement d’ampleur qui semble déjà avoir pousser les patrons des patrons à battre en retraite. « Nous comprenons que cette proposition a pu être interprétée comme un signe de mépris, mais il ne s’agit pas de remettre en cause une identité territoriale. Si ce débat génère trop de tensions, alors on l’abandonnera », abdique Christopher Dumaire.

Certes la réaction des Ardennais peut sembler quelque peu disproportionnée, le terme « Ardenne » faisant référence au massif s’étendant en France et en Belgique et non au département en lui-même. Mais, elle semble compréhensible pour tous les Français amoureux de leur territoire et prompts à défendre leur identité régionale. Imaginez une France dont les régions seraient affublées de nom ridicule mettant à l’honneur une spécialité culinaire : une Alsace transformée en bretzel, une Picardie nuée en aubergine, ou encore plus au sud, une région PACA s’appelant désormais tapenade ou olive, l’Aquitaine devenant Bordeaux et l’Auvergne prenant l’appellation gourmande d'aligot. Pas sûr que cela soit du goût de tous les Français.









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