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A défaut des salariés, Lagarde défend les consommateurs

Mercredi 24 Mars 2010 à 11:03 | Lu 6770 fois I 36 commentaire(s)

Emmanuel Lévy- Marianne

Ce matin au micro de RMC, la ministre de l’économie était comme à la parade. Venue présenter son projet de loi sur les crédit à la consommation, elle n’a pas été tancée par Jean-Jacques Bourdin qui avait rangé au placard ses questions impertinentes.


Chistine Lagarde au Medef (Crédit: Medef)
Chistine Lagarde au Medef (Crédit: Medef)
Jean-Jacques Bourdin, l’interviewer de la matinale de RMC, sans doute le plus impertinent de la bande FM, est-il trop sensible au charme de la (grande) bourgeoisie ? Ce matin pour interroger Christine Lagarde, sa voix rocailleuse de fumeur s’était faite toute mielleuse. Il faut dire que la ministre de l’Economie était venue présenter un texte pro-consommateur, à première vue : son projet de loi sur le crédit à la consommation. Voilà qui ne pouvait que plaire au Bourdin qui en a presque perdu sa verve, laissant passer des approximations qui d’ordinaire ne lui échappent pas. Ainsi sur le chômage. « Le chômage sera en très légère hausse, mais en stabilisation (…) en décembre on a eu une toute petite hausse, en janvier on eu une hausse un peu plus soutenue», répond la ministre pour sa première question. Et cela passe comme une lettre à la poste. Sauf que, les chiffres de décembre ont été révisés par l’Insee, et ce que Christine Lagarde qualifie de petite hausse, constitue en réalité une progression de 23 400 personnes supplémentaires au chômage !!
La hausse du gaz, + 9 % selon une information du Figaro, sujet qui est pourtant au cœur du fond de commerce de Jean-Jacques Bourdin, n’a pas été non plus l’occasion de mettre la ministre en difficulté. « Je n’ai pas le montant prévisible (…) ce n’est plus le gouvernement qui fixe le prix du gaz, c’est maintenant une commission »,a-t-elle plaidé. « Vous n’avez pas votre mot à dire », se désole Bourdin confirmant les paroles de la maitresse de Bercy, sans l’interroger sur la décision qui a déplacer la décision  de Bercy à la Commission de régulation de l’Energie (CRE). Une décision justement prise par Christine Lagarde, et qui, de fait, laisse toute latitude à EDF Suez pour imposer des tarifs, que viendra immanquablement valider la CRE.

Protection des consommateurs ou cadeaux aux enseignes de la distribution?

Mais le meilleur est à venir. Quand Christine Lagarde détaille son texte, Bourdin semble énamouré. Il ne la coupe pas, ne la relance pas davantage. Ses seules critiques iront à Nicolas Sarkozy coupable d’abandonner la taxe carbone, sur laquelle il s’était pourtant engagé, comme un document sonore le confirme : «  Comment peut on avoir signé le pacte de Nicolas Hulot au printemps 2007… ».
Place donc à la reine Christine de Bercy : « On va réviser les taux d’usure ; je veux que les crédits renouvelables comportent une part de remboursement ; le prêteur pourra vérifier tous les ans la solvabilité de son client ; nous interdirons les publicités avec les taux promotionnels, la lisibilité sera la même pour le taux promotionnel et le taux définitif. » Quant à la question de la centralisation des crédits en cours des ménages désireux de s’endetter davantage, la ministre sort un argument qui tue : la bénédiction des associations de consommateurs, « En Belgique où cela existe, on n'a pas moins d’accidents.Sur les 12 associations de consommateurs 10 n’en veulent pas. Et ficher la moitié de la population française, je ne suis pas sure que se soit une bonne idée. »
Jean-Jacques Bourdin ne s’attardera pas non plus sur la critique formulée par la cour des comptes et non reprise par le projet de Bercy. « La pratique des "cartes confuses", à la fois cartes de fidélité et cartes de crédit renouvelable sont source de grande confusion pour certains consommateurs », expliquaient les magistrats dans leur rapport 2010. Au contraire, le projet de loi de Lagarde est perçu très favorablement par les enseignes de la distribution, hypers, grands magasins comme les chaînes de franchisés. Eux se frottent les mains d'avance: la distribution de leurs cartes sera désormais facilitée avec de nouvelles fonctionnalités.
Rien non plus sur la nomination de Georges Pauget, l’ancien patron du Crédit Agricole, à la tête d’une commission chargée d’examiner les frais bancaires. Un peu comme si on nommait Brigitte Bardot à la tête d’une commission chargée de réfléchir aux meilleurs moyens de distribuer de la fourrure en France…








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