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A La Rochelle, les socialistes sourient et les journalistes déprimentGérald Andrieu - Marianne | Samedi 28 Août 2010 à 07:01 | Lu 17002 fois
«Si j’ai bien compris le message : les socialistes sont unis, l’heure n’est pas aux chamailleries, les Français souffrent. C’est bien. C’est beau. Mais ce n’est pas avec ça que tu fais un sujet ! » Ségolène Royal vient de quitter une des cinq tables du restaurant où elle a réuni pour une sorte d’« interview-speed-dating » (« off » bien évidemment) une trentaine de journalistes. Et en cette veille d’ouverture officielle de l’université d’été du PS, l’ancienne candidate à la présidentielle laisse derrière elle une journaliste télé totalement dépitée. Au menu : coquillages, crustacés et… zéro petite phrase ! Abattue, la même enchaîne : « On a été lâche, non ? On aurait pu quand même lui faire remarquer qu’elle est plus seule que jamais… » Ça n’y aurait sans doute rien changé. La Dame du Poitou a visiblement décidé de ne pas faire un pas en dehors des clous. Les sorties de route, elle a déjà trop donné. Ce temps-là est (temporairement ?) révolu. L’heure au PS est à l’unité et l’ancienne candidate à la présidentielle se dit « dans une période de sagesse et d'observation ». Elle veut juste, confie-t-elle, « être respectée ». Et le respect, elle ne l’obtiendra plus à la force des petites phrases… Les journalistes sont pourtant nombreux à les chasser, le lendemain, à l’entrée de l’Espace Encan, ces petites saillies verbales. Loupé. Une nouvelle fois. Les écuries arrivent les unes après les autres. Bertrand Delanoë ouvre le bal, tout sourire, polo bleu rayé sur les épaules, accompagné d’un Harlem Désir pas moins souriant. Il s’engouffre sans un mot à l’intérieur du bâtiment. Arrive sur leurs pas, Jean-Louis Bianco. L’occasion ou jamais de capter, en images et en sons, un peu de cette dissension interne qui soi-disant plairait tant au « consommateur » d’info. Le député des Alpes-de-Haute-Provence a tout du « client » idéal. Lui qui était présenté, il y a encore quelques semaines, comme le premier lieutenant de Ségolène Royal a annoncé la veille ne pas « exclure » de se présenter aux primaires. Loupé à nouveau : notre homme, aussi souriant que le rose de son polo est criard, ne fait que passer sur le parvis, poursuivi par une poignée de caméras.
Ségolène Royal arrive à son tour. Entourée. Mais le pack qui l’accompagne est réduit. Il tient plus du rugby à 7 que du XV de France. Ça joue sérieusement des coudes entre cadreurs et preneurs de son. La « meute » des journalistes veut de belles images et peut-être, accessoirement, une petite déclaration revancharde. Mais dans le hall de l’Espace Encan, Martine Aubry l’accueille… en souriant. L’heure est désespérément à l’unité. Les deux femmes se sont parlé. L’unité est un combat, dit-on. Au PS version août 2010, l’unité commence par un dialogue renoué entre les deux adversaires du congrès de Reims… A leur entrée dans la salle plénière où Royal doit prononcer le discours d’ouverture, une partie des militants scande : « Ségolène, Ségolène ». Comme une réminiscence de 2007. Rapidement, les « Tous ensembles, tous ensembles, socialistes » prennent le dessus, même si certains esprits chagrins tentent désespérément une variante : « Tous ensemble, tous ensemble, Ségolène » ! Elle, justement, une fois à la tribune, ne la joue pas vraiment collectif. Du moins, pas immédiatement. Xynthia, Heuliez, ses 61% lors du dernier scrutin : Royal déroule son CV. Longuement. Elle enchaîne sur Sarkozy, l’ennemi commun, celui qui a sans doute plus fait pour l’unité des socialistes que toutes les explications en tête-à -tête entre anciennes adversaires socialistes… Elle poursuit sur le thème de la sécurité. Tente de désamorcer la bombe qu’elle a lancé il y a seulement quelques jours dans Le Parisien en expliquant ne pas souhaiter qu’au PS la « ligne laxiste » l’emporte. Ce temps-là est fini aussi. Les socialistes ne feraient plus qu'un, à l'en croire, en matière de sécurité. Lorsqu’elle revient sur sa proposition d’« encadrement militaire » des jeunes délinquants, là encore, Royal fait profil bas : « Ce n’est pas pour polémiquer. Je crois que c’est bien. On peut en débattre, on peut affiner, on peut expérimenter… » Quelques huées montent de la salle. Mais Ségolène Royal enchaîne rapidement sur… l’unité, bien évidemment : « L’actualité n’est pas au choix de notre candidat ou de notre candidate. Ce qui compte, c’est que nous nous mettions en marche ensemble. Unis, nous sommes. Unis, nous demeurerons. C’est uni que nous gagnerons ! »
A en désespérer les journalistes obligés de se raconter à l’entrée de la salle de presse les petites piques prononcés par les écolos à Nantes le week-end dernier. La saillie préférée ? La vanne d’Eva Joly : « DSK je le connais bien, je l’ai mis en examen » ! Si maintenant les socialistes sous-traitent à l’adversaire les réparties assassines, où va le monde ? Plus inquiétant, voilà que les responsables socialistes d’habitude si dissonants sont tous ou presque sur la même ligne : le silence. « Personne ne veut se positionner sur rien, explique un journaliste « rubricard » du PS, ils craignent tous pour leurs futurs postes ministériels ! » Guillaume Bachelay, figure montante du parti, proche de Fabius et plume du discours de clôture d’Aubry se montre moins cynique. Pour lui, le PS, face à la situation politique, économique et sociale, est tout simplement confronté à un « triple devoir » : un « devoir de responsabilité », un « devoir de gravité » et un « devoir d’unité ». L’unité, la fameuse. L’unité qui, quelques heures plus tard, sera affichée par la direction du parti dans les jardins du Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle. La Première secrétaire y a convié les journalistes et tous les dirigeants de Solférino. Aubry au micro, entourée de François Lamy, Marylise Lebranchu, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, David Assouline, etc. La belle photo de famille. Oublié le mariage des carpes et des lapins. Un hybride est né à Reims et il est viable. La preuve, il est toujours sur ses pattes en août 2010. N’en déplaise à ces mauvais coucheurs de journalistes que Martine Aubry n’oublie pas de saluer lors de son allocution : « Vous êtes bronzés, détendus, heureux de nous voir unis… Si, je le vois ! » Bronzés et détendus, sans doute…
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