10 000 € pour avoir été délaissée sexuellement : l'amour au rabais
Vendredi 2 Décembre 2011 à 05:00 | Lu 14040 fois I 12 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
Philippe Bilger rebondit sur cette décision de justice quelque peu stupéfiante : un homme a été condamné à 10 000 euros de dommages et intérêts, à verser à son épouse qu'il ne satisfaisait pas sexuellement. Pour notre blogueur associé, un tel préjudice après vingt et un ans de mariage, c'est de l'amour au rabais.
Depuis le 3 octobre, je ne suis plus soumis à la moindre obligation de réserve mais puis-je écrire que je n'ai pas perçu une différence sensible avec mes billets et ma liberté d'avant. Peut-être le changement se trouve-t-il moins dans la manière de traiter les sujets proposés par l'actualité que dans le choix de ceux-ci qui aujourd'hui est illimité, sans aucune retenue, du badin, du dérisoire au grave, au désespérant.
Après m'être ainsi justifié, je voudrais vraiment attirer l'attention sur une « brève » du Figaro qui en général ne nous informe pas sur le pittoresque ou l'incongru de la vie quotidienne. Pourtant, c'est lui qui nous révèle qu'une épouse, après vingt et un ans de mariage, parce qu'elle était délaissée sexuellement, a obtenu que son époux soit condamné à lui verser 10 000 euros de dommages et intérêts. L'arrêt a été rendu par la cour d'appel d'Aix-en-Provence.
Cette abstention durablement supportée nous enseigne que, si l'égalité des sexes est loin d'être assurée, au moins certaines femmes sont prêtes à engager des actions qui, hier, auraient été inconcevables. Venir se plaindre d'une carence renouvelée concernant la relation amoureuse manifeste à quel point les temps ont changé et comme on ose judiciairement protester devant le manque qu'un mari négligent, trop peu réactif ou infidèle vous impose. Pour quelques-uns, comme l'écrivait le poète, la chair est vraiment triste ou ne l'est que chez soi.
Après m'être ainsi justifié, je voudrais vraiment attirer l'attention sur une « brève » du Figaro qui en général ne nous informe pas sur le pittoresque ou l'incongru de la vie quotidienne. Pourtant, c'est lui qui nous révèle qu'une épouse, après vingt et un ans de mariage, parce qu'elle était délaissée sexuellement, a obtenu que son époux soit condamné à lui verser 10 000 euros de dommages et intérêts. L'arrêt a été rendu par la cour d'appel d'Aix-en-Provence.
Cette abstention durablement supportée nous enseigne que, si l'égalité des sexes est loin d'être assurée, au moins certaines femmes sont prêtes à engager des actions qui, hier, auraient été inconcevables. Venir se plaindre d'une carence renouvelée concernant la relation amoureuse manifeste à quel point les temps ont changé et comme on ose judiciairement protester devant le manque qu'un mari négligent, trop peu réactif ou infidèle vous impose. Pour quelques-uns, comme l'écrivait le poète, la chair est vraiment triste ou ne l'est que chez soi.
Médiocre réparation
Le stupéfiant, à mon sens, se rapporte au montant des dommages et intérêts. J'aurais été juge, ma générosité aurait été sans commune mesure avec cette indemnité dérisoire ! Que s'est-il donc passé ? La femme effrayée par son propre courage a considéré qu'il suffisait et n'a pas voulu réclamer la mort du pécheur (qui ne l'était guère, d'ailleurs !) ? Ou bien, par modestie, malgré son audace contentieuse, a-t-elle sous-estimé la valeur du plaisir qu'elle aurait quotidiennement ou au moins régulièrement reçu, l'intensité de celui qu'elle aurait été capable d'offrir ?
A-t-elle seulement, avec une originalité habile, manifesté comme elle était seule et comme il était volage ? Déplore-t-elle de n'avoir pas été comblée ou d'avoir été oubliée ? Dans tous les cas, pour ces vingt et un ans de mariage sans aucun septième ciel ni même allégresse raisonnable, seulement 10 000 euros ! C'est tenir pour presque rien les sens, et qu'ils vous ont été interdits !
De quoi décourager ceux, hommes, femmes, qui auraient pu désirer s'engouffrer dans cette voie ouverte et accueillie par une justice sans prodigalité. Qui osera courir le risque de l'exhibition, devant des magistrats, d'une existence privée du meilleur pour une si médiocre réparation ?
Hypothèse ultime, les conseillers auraient-ils pu oublier l'exaltation intime au point de ne quantifier qu'un amour au rabais ?
Retrouvez Philippe Bilger sur son blog.
A-t-elle seulement, avec une originalité habile, manifesté comme elle était seule et comme il était volage ? Déplore-t-elle de n'avoir pas été comblée ou d'avoir été oubliée ? Dans tous les cas, pour ces vingt et un ans de mariage sans aucun septième ciel ni même allégresse raisonnable, seulement 10 000 euros ! C'est tenir pour presque rien les sens, et qu'ils vous ont été interdits !
De quoi décourager ceux, hommes, femmes, qui auraient pu désirer s'engouffrer dans cette voie ouverte et accueillie par une justice sans prodigalité. Qui osera courir le risque de l'exhibition, devant des magistrats, d'une existence privée du meilleur pour une si médiocre réparation ?
Hypothèse ultime, les conseillers auraient-ils pu oublier l'exaltation intime au point de ne quantifier qu'un amour au rabais ?
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